Du 10 octobre 2008 au 22 mai 2009, Philippe Dubois, professeur à l’Université Paris-III proposera un séminaire axé sur la question de la vitesse des images dans le cinéma et l’art contemporain. Il se déroulera les 2e et 4e vendredis du mois de 13h à 15h en salle 7, au 105 bd Raspail – 75006 Paris.
Alors qu’on a souvent pris l’habitude d’opposer de façon très manichéenne le monde de l’image fixe à celui de l’image mobile, comme s’il s’agissait d’un partage stabilisé et d’une histoire installée, la photo ici (« l’héritière du XIXe siècle ») vs. le cinéma là (« l’art du XXe siècle »), il s’agira d’interroger ce problème d’esthétique de manière plus ouverte et actualisée, en posant la question des régimes de vitesse des images, de leur (in)stabilité et de leurs enjeux. L’insistance portera surtout sur le contemporain.
En trente ans en effet, le paysage visuel et théorique a radicalement évolué à cet égard. Dans les années 70-80, les choses semblaient claires : d’un côté, Roland Barthes imposait le concept de « punctum » en jouant la photo contre le cinéma (avec tous les corollaires sur la pose/pause, le temps mort, l’arrêt sur image, l’effet mortifère de la prise, etc.). D’un autre côté, la philosophie bergsono-deleuzienne du cinéma imposait les concepts d’« image mouvement » et d’« image temps », qui reposaient encore entièrement sur l’idée que le film est un défilement régulier d’images reproduisant le mouvement apparent (avec ses corollaires là aussi : le flux, l’emportement, le devenir, etc. ; et les difficultés que cela pouvait poser à l’analyste de film, comme Raymond Bellour : comment arrêter le fleuve ?). Comme si l’un et l’autre, le mobile et l’immobile, le fixe et le mouvant, ne pouvaient exister que dans un rapport d’exclusion réciproque. Il fallait choisir (son camp). Cela est assez connu.
C’est ce qui s’est passé après qui m’intéresse.
Dans les années 1990-2000, en effet, sous les effets de la vidéo d’abord et du numérique ensuite, on se doit de constater que les régimes temporels d’images se sont considérablement élasticisés, rendant de plus en plus obsolètes les vieux clivages. C’est sans doute une des caractéristiques majeures des modes contemporains de l’image que de changer sans cesse de vitesse, de passer d’un régime à l’autre, et cela en toute souplesse, par variation continue, sans coupure ni changement de nature. Aujourd’hui, le défilement ne s’oppose plus radicalement à l’arrêt, comme s’il s’agissait de deux mondes contradictoires. On n’est plus dans le jeu de « la photo vs le cinéma ». On est au-delà . Dans des formes d’images qui dépassent ce découpage du siècle dernier. On est passé dans l’ère du changement de vitesse permanent. On est, par exemple, dans le mobile immobile (la pose longue, le panorama, etc.) ou dans les ralentis-accélérés (on ne fait même plus la différence) systématiques. Bien sûr, ce ne sont pas là des formes « nouvelles » (Marey, Vertov, Epstein, avant Godard). Seulement elles tendent aujourd’hui à devenir une norme (finalement Marey est peut-être en train de l’emporter sur Lumière). Il suffit de dialoguer avec nos étudiants et jeunes chercheurs pour s’apercevoir qu’ils n’ont plus les mêmes rapports perceptifs, ou même imaginatifs, que la vieille génération « de l’arrêt sur image ». C’est ce changement de fond que ce je voudrais essayer d’aborder, en prenant appui à la fois sur des objet historiques traversant l’histoire du cinéma et sur un corpus d’Å“uvres d’artistes contemporains.
Philippe Dubois
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