Je me rappelle de ce tournage … surtout de la préparation.
J’étais en Normandie, enfermés dans une petite pièce de 2 mètres sur 3, j’éteignais la lumière pour insérer une pellicule dans ma caméra 16 mm. Et j’avais très franchement peur de voiler la pellicule, parce qu’il y avait un peu de lumière qui dépassait par le dessous de la porte. C’était vraiment la première fois que je faisais ça comme ça. C’était une émotion très forte, cette peur … J’avais à ce moment là une très forte résistance contre le cinéma : je venais de finir D’autres nouvelles de Lolita, mais je n’étais pas vraiment satisfait.
Je ne savais pas tellement ce que j’allais filmer, je connaissais pas vraiment l’endroit. Juste dans la tête un titre, De l’inamertume, qui ressemblerait plus tard plus à un cycle qu’à un film seul. J’avançais à rebours, la tête remplie de contradictions sentimentales. La guerre. J’ai filmé un chemin qui donnait vers un immense champ. Une route donnant sur un chemin ; un chemin donnant sur un champ ; le champ, je ne sais pas vraiment sur quoi il donnait. En somme comme lorsque l’on arrive dans un endroit inconnu, on a toujours cette impression d’espace extrêmement délimité.
Des lignes.
Il n’y avait personne, c’était abandonné. Sur la route, des lampadaires, sur le chemin des arbres. Et autour le ciel blafard et explosif.
Plus tard, j’en ai parlé à Kiarostami comme un constat d’échec. Ce désir de filmer l’immobile, des lampadaires autour des routes ; des arbres autour des chemins. Ce désir de s’éloigner de l’être. Il avait répondu qu’au contraire, il ne fallait jamais avoir peur de filmer. Et que j’avais eu beaucoup de chance, les chemins, les arbres, les routes et les lampadaires, c’est souvent de bien meilleurs comédiens … !
Tony Faria-Fernandes
Ne loupez aucun de nos articles, souscrivez à notre flux RSS !

Pas de commentaires pour “And I feel just like Jesus’ Son”